« J’ai toujours fait mon devoir sans peur » : qui est Jerome Powell, le stoïque banquier central qui refuse de plier face à Trump ?

Jan 13, 2026 - 07:05
« J’ai toujours fait mon devoir sans peur » : qui est Jerome Powell, le stoïque banquier central qui refuse de plier face à Trump ?

Le président de la banque centrale des États-Unis Jerome Powell, au discours policé et aux prises de position pondérées, s’est mué ces derniers mois en l’une des rares figures à résister aux assauts de Donald Trump. Sa métamorphose a été spectaculaire dimanche soir, quand il a diffusé un message vidéo de deux minutes au ton très solennel pour défendre l’indépendance de l’institution.

Selon lui, le ministère de la Justice a diligenté une procédure à son encontre sur un « prétexte » fallacieux et parce que la Réserve fédérale (Fed) qu’il chapeaute ne livre pas les baisses de taux d’intérêt qu’attend le chef d’État. « J’ai servi la Fed sous quatre gouvernements, républicains et démocrates. À chaque fois, j’ai fait mon devoir sans peur ou faveur politique », a lancé l’homme de 72 ans.

« Trump l’a poussé à bout »

Un changement de ton notable pour celui qui s’était jusqu’ici gardé de riposter aux banderilles du président Trump, portant sur ses compétences comme sur sa probité. « Clairement, Trump l’a poussé à bout », remarque auprès de l’AFP David Wessel, chercheur à la Brookings Institution. Donald Trump est pourtant celui qui a propulsé ce républicain modéré à la tête de la Fed en 2018, pendant son premier mandat. Mais il a très vite dit regretter cette décision.

Sans être économiste de formation, Jerome dit « Jay » Powell a gagné le respect de ses pairs et d’une large part de la classe politique américaine, avec une carrière détachée des strictes appartenances partisanes. Le natif de Washington a bâti une fortune personnelle comme avocat et banquier d’affaires. Il a œuvré au début des années 1990 en tant que haut responsable du Trésor sous le républicain George Bush.

Nommé président de la Fed par… Trump

Il est nommé en 2012 gouverneur de la Fed par le président démocrate Barack Obama. Devenu président de l’institution monétaire à l’initiative de Donald Trump, il est renouvelé pour quatre ans en 2022, sous le démocrate Joe Biden.

Jerome Powell peut théoriquement rester à la Fed après la fin de son mandat de président qui s’achève en mai. Il reste en effet théoriquement gouverneur jusqu’à fin janvier 2028. Il n’a pas encore donné d’indice sur ses intentions. Son départ permettrait à Donald Trump de placer un de ses fidèles au sein de l’institution.

« Je pense que Jay Powell restera dans l’histoire comme un président de Fed doté d’une solide colonne vertébrale », reprend David Wessel. « Il a fait quelques concessions » face à l’exécutif, notamment en coupant dans les effectifs de la Fed, mais il a cherché à préserver « l’essentiel », l’indépendance de l’institution, estime le chercheur.

Le clash lors de la visite du chantier

Une image forte restera la visite surprise par Donald Trump du chantier de rénovation du siège de la banque centrale à Washington, au creux de l’été 2025. Le dérapage de la facture des travaux est le motif officiel de la procédure lancée contre Jerome Powell.

Les deux hommes sont côte à côte, casque de protection sur la tête. Powell chausse ses lunettes et corrige en direct une affirmation du président. Ce qui avait été perçu à l’époque comme une démonstration d’une rare audace face à Donald Trump.

À la barre durant le Covid

La situation économique n’a pas non plus été de tout repos pour Jerome Powell. Plutôt au beau fixe quand il commence à présider la Fed en 2018, elle se trouble quand Donald Trump lance sa première guerre commerciale contre la Chine, puis menace de s’effondrer quand éclate la pandémie de Covid-19. La Fed fait alors tomber ses taux d’intérêt à zéro pour soutenir l’activité. Mais l’inflation s’emballe et l’institution enclenche d’impopulaires hausses des taux directeurs deux ans après, jusqu’à atteindre un plus haut en deux décennies.

Un cycle de détente finit par démarrer, mis sur pause quand Donald Trump regagne la Maison Blanche et commence à frapper de nouveaux droits de douane la plupart des produits entrant aux États-Unis. Puis la crainte d’une forte dégradation du marché du travail convainc en septembre les banquiers centraux américains de recommencer à baisser les taux directeurs, sur fond de divisions internes exacerbées.

Tomas Kauer - News Moderator https://www.tomaskauer.com/