Louisiane, Alaska, Floride… Avant de viser le Groenland, comment les États-Unis se sont construits à coups de « deals »
Le « dealmaker » de la Maison-Blanche entend bien réussir son coup. Donald Trump, qui réitère ces derniers jours sa féroce volonté de s’emparer du Groenland, étudie « activement » un « achat » de l’île arctique, a fait savoir la Maison-Blanche ce mercredi. Tout en refusant une nouvelle fois d’exclure l’option militaire.
Le président américain a des vues depuis longtemps sur l’île de 57 000 habitants, qui selon lui appartient à la sphère naturelle d’influence des États-Unis. Espérant dissiper des « malentendus », le Groenland et le gouvernement danois vont rencontrer la semaine prochaine le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio.
Menacer, négocier puis sortir le chéquier : depuis la déclaration d’indépendance américaine, en 1776, la méthode a été employée à plusieurs reprises par le pouvoir étasunien pour étendre son territoire.
1803 : la France vend la Louisiane
En 1803, les États-Unis doublent presque leur superficie en achetant la Louisiane à la France pour 15 millions de dollars. Ce territoire s’étendait alors des rives du Mississippi, à l’est, jusqu’aux Rocheuses, à l’ouest, en descendant de la future frontière canadienne jusqu’au golfe du Mexique.
Napoléon Bonaparte, confronté à des difficultés militaires et financières en Europe, cède ce territoire jugé encombrant et peu rentable. L’opération est un coup de maître du président Thomas Jefferson. Elle ouvre la voie à l’expansion vers l’ouest et transforme durablement les États-Unis en puissance continentale.
1819 : l’achat de la Floride
En 1819, par le traité Adams-Onís, l’Espagne cède la Floride aux États-Unis pour 5 millions de dollars. Officiellement, il ne s’agit pas d’un paiement direct à Madrid, mais de la prise en charge de créances américaines contre l’Espagne.
À l’époque, la Floride est difficile à contrôler pour les Espagnols et sert de refuge à des esclaves en fuite et à des tribus amérindiennes. Son acquisition permet à Washington de sécuriser ses frontières du sud-est.
1848 : le Mexique cède des territoires
En 1848, le Mexique perd la guerre contre les États-Unis et se voit obligé, selon le traité de Guadalupe Hidalgo, de céder un vaste territoire recoupant les actuels Texas, Californie, Utah, Nevada, Arizona et Nouveau-Mexique. Les Américains daignent tout de même lâcher une compensation de 18 millions de dollars.
Moins connu, l’achat Gadsden concerne quelques années plus tard, en 1853, une bande de territoire située le long de la frontière avec le Mexique. Pour 10 millions de dollars, les États-Unis l’achètent au Mexique afin de faciliter la construction d’une ligne de chemin de fer transcontinentale.
1867 : le pari réussi de l’Alaska
En 1867, la Russie du tsar Alexandre II, en grande difficulté financière, vend l’Alaska pour 7,2 millions de dollars aux États-Unis. L’accord est vivement critiqué à l’époque et surnommé la « folie de Seward », du nom du secrétaire d’État qui l’a négocié. Le territoire est jugé inutile, glacé et isolé.
Mais cet immense territoire de 1 600 000 km² se révélera pourtant riche en ressources naturelles (or, pétrole, gaz) et stratégiquement crucial durant la guerre froide. Il deviendra le 49e État américain en 1959.
1898 : les Philippines, Porto Rico et Guam
En 1898, l’empire espagnol sort perdant de la guerre qui l’oppose aux États-Unis pendant plusieurs mois. Avec la signature du traité de Paris, l’Espagne cède les Philippines (qui obtiendront leur indépendance en 1946), Porto Rico et l’île de Guam aux Américains, en échange d’un versement de vingt millions de dollars.
1917 : les îles Vierges, un précédent achat au Danemark
En 1917, les États-Unis font l’acquisition en pleine Première Guerre mondiale des îles Vierges pour 25 millions de dollars… auprès de la couronne danoise. Ces îles des Antilles, proches du canal de Panama, sont aujourd’hui un « territoire américain non incorporé ».
Moyennant finance, le Danemark a donc déjà consenti à céder des territoires aux Américains. Mais cette fois-ci, le territoire semi-autonome, soutenu par sa puissance de tutelle, a répété plusieurs fois ne pas être à vendre et décider seul de son avenir. Parviendra-t-il à résister aux ardeurs américaines ?

