Modéré et « adoubé par Trump » : qui est Nickolay Mladenov, le diplomate bulgare pressenti à la tête du plan de paix pour Gaza ?
Pas encore officiellement nommé, Nickolay Mladenov est déjà sur le pont. Le diplomate bulgare, pressenti pour diriger le Conseil de paix que Washington veut instaurer à Gaza, a entamé ces derniers jours ses entretiens en Israël et Cisjordanie, où sera mise à rude épreuve son expérience de la région.
L’ex-coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient était décrit ces derniers jours par le site américain Axios comme futur représentant du Conseil de la paix, théoriquement présidé par Donald Trump. Le président américain doit en officialiser la création la semaine prochaine, avec 15 représentants de divers pays.
La nomination de Mladenov surviendrait alors que la poursuite du processus prévu par le plan Trump semble au point mort. Washington et les médiateurs régionaux (Qatar, Égypte) souhaitent lancer rapidement la deuxième phase du cessez-le-feu alors qu’Israël et le Hamas s’accusent régulièrement de violer la trêve. La solide expérience régionale du Bulgare pourrait-elle faire bouger les choses ?
Position modérée
La position équilibrée de Sofia dans le conflit pourrait s’avérer être un atout dans la poche du diplomate. « La Bulgarie est depuis longtemps perçue comme un pays modéré, qui a évité les extrêmes dans ce conflit particulièrement aigu », indique Milen Keremedchiev, un ex-diplomate interrogé par Associated Press qui estime que Mladenov « est resté ferme dans la préservation de cette posture ».
Cet ancien consultant à la Banque mondiale « connaît extrêmement bien le Moyen-Orient, bien avant ses mandats sur place », assure à l’AFP Vessela Tcherneva, ex-porte-parole du ministre Mladenov, aujourd’hui directrice adjointe de l’European Council on Foreign Relations (ECFR). « Il ne conçoit pas la diplomatie comme un simple marchandage. Il sait que se fixer un objectif et avoir la volonté de l’atteindre est tout aussi important ».
« C’est un négociateur apprécié pour sa position d’équilibre, sans préjugés partisans, ce qui explique que Netanyahou ne l’ait pas rejeté », juge David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’IFAS. « Manifestement, il a été adoubé par Donald Trump en raison de son expérience en tant qu’envoyé des Nations unies pour la paix au Moyen-Orient, entre 2015 et 2020 », poursuit l’expert. Une période qui coïncide avec le « lancement de la dynamique d’Abraham », lors du premier mandat de Trump.
« Relation de confiance »
« Un engagement soutenu des États-Unis sera essentiel, de même que la volonté des partenaires européens et régionaux de contribuer à la fois financièrement et par le déploiement de troupes », écrivait Mladenov, ancien membre du parlement bulgare (2001-2005) puis européen (2007-2009), sur le site du Washington Institute en octobre.
Ex-ministre des Affaires étrangères bulgare (2010-13), Mladenov a aussi exercé les fonctions de représentant spécial de l’ONU pour l’Irak. Au cours de son mandat, « il a su instaurer une relation de confiance avec les instances politiques israéliennes, notamment avec le Premier ministre Netanyahou », loue Alon Bar, un diplomate israélien à la retraite, auprès d’AP. Une tâche particulièrement ardue, étant donné les relations tumultueuses qu’entretient l’État hébreu avec l’organisation internationale.
« Parallèlement, il a suscité une grande confiance du côté palestinien », poursuit Alon Bar, qui pense que Nickolay Mladenov est « l’homme de la situation ». « Il a maintenu des canaux ouverts avec Israéliens et Palestiniens, mais aussi avec les Américains et les pays arabes, en particulier les Émirats arabes unis. Donc il pourrait devenir le chaînon manquant qui faisait défaut », explique à l’AFP un diplomate en poste dans la région.
Entretiens en Israël et en Cisjordanie
Le bureau du Premier ministre israélien l’a lui même présenté comme étant « prévu » pour diriger l’organe transitoire, après des réunions entre le Bulgare, Benyamin Netanyahou et le président Isaac Herzog. Dès jeudi, Mladenov s’est entretenu avec Netanyahou de « l’objectif principal pour la suite, à savoir comment le Hamas devrait être désarmé », selon un haut responsable israélien.
Vendredi, il s’est rendu à Ramallah, en Cisjordanie, pour rencontrer notamment le vice-président palestinien Hussein al-Sheikh. Celui-ci a souligné sur X l’accent mis sur « la situation dans la bande de Gaza » et « les moyens de passer à la deuxième phase » du fragile accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, en œuvre depuis le 10 octobre.
La réunion a également abordé « l’escalade des attaques et de la violence des colons » contre les habitants de Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967 où la violence a explosé en parallèle de la guerre à Gaza.

