« Pourvu que les salaires augmentent » : au Venezuela, de meilleures perspectives économiques attendues après la chute de Maduro
L’opération militaire américaine qui a entraîné la chute de Nicolás Maduro a radicalement changé le paysage du Venezuela et les perspectives pour l’économie du pays. Le président américain Trump semble imposer ses conditions à Caracas, assurant qu’il va contrôler le pétrole vénézuélien tout en augmentant la production et les revenus.
« Je ne comprends pas grand-chose des nouveaux contrats signés » entre Donald Trump et le Venezuela, « mais j’espère qu’ils aideront à améliorer l’économie », confie Marieta Ochoa, enseignante, qui attend du changement à la tête de son pays qu’il se traduise par de meilleures conditions de vie. « Pourvu que les salaires augmentent, on ne peut plus vivre avec cette inflation », dit la quadragénaire.
Jusqu’au vendredi 2 janvier, la confrontation entre les deux pays était maximale : sanctions économiques plus sévères avec saisie de pétroliers. Le Venezuela était obligé de vendre son pétrole - sa principale ressource - avec des rabais pouvant aller jusqu’à 50 %. La production était faible, autour d’1 million de barils/jour, contre 3,5 millions il y a une vingtaine d’années.
Sous sanctions, il a intensifié l’usage des cryptomonnaies pour compenser son non-accès aux marchés financiers, ne pouvant obtenir directement des pétrodollars, et son isolement empêchait l’arrivée d’investissements étrangers. L’inflation s’emballait et rendait les salaires absurdement bas.
« Des flux de recettes plus importants »
« À présent, le rapprochement entre Washington et Caracas pourrait se traduire par un assouplissement des sanctions, la reprise des exportations pétrolières et des flux de devises », affirme Alejandro Grisanti, directeur du cabinet Ecoanalitica. « L’année 2026 a commencé par un virage sans précédent : cela aura des conséquences sur la dynamique économique. Jamais auparavant politique et économie n’avaient été aussi étroitement imbriquées qu’en ce moment », souligne également l’économiste Asdrúbal Oliveros.
Des analystes soutiennent que si la présidente par intérim Delcy Rodríguez donne des signes d’ouverture et de flexibilisation, cela pourrait attirer les investissements. « Le pays a urgemment besoin d’un flux de trésorerie croissant et stable, et c’est le pétrole qui peut le fournir immédiatement », précise l’économiste Carlos Torrealba Rangel. Les perspectives de croissance sont très positives, étant donné que le secteur pétrolier fournit 87 % des devises.
« J’estime une expansion de 30 %, soit le double de celle des deux dernières années », prévoit Asdrúbal Oliveros. « Les revenus pétroliers augmenteront grâce à une production plus élevée, les rabais baisseront de façon significative et cela se traduira par des flux de recettes plus importants, ce qui aidera le marché des changes, aujourd’hui pratiquement à sec de devises », ajoute-t-il.
« Au bord de l’hyperinflation »
L’activité fonctionne encore à moitié après les bombardements américains du 3 janvier. « Peu à peu, l’économie s’est remise en marche. Les gens ont recommencé à acheter, le paiement en dollar s’est normalisé. La vente de denrées alimentaires est la priorité », explique Carmen Álvarez, qui a un commerce informel dans l’ouest de Caracas.
Les prix ont monté pendant la semaine alors que le dollar au noir avait explosé, prenant plus de 50 % pour atteindre environ 800 bolivars. Manque de confiance dans le bolivar, valeur refuge du dollar, mais aussi caisses de l’État à sec, « même celles qui arrivaient en cryptomonnaies », ont contribué à ce bond, selon M. Riveros. Cependant, ce week-end, le dollar au noir a commencé à baisser jusqu’à 530 bolivars, peut-être poussé par les espérances quant à la production pétrolière, indiquent des analystes.
Ils avertissent toutefois de la fragilité de l’économie vénézuélienne. « Le Venezuela est au bord de l’hyperinflation. La seule solution pour conjurer ce danger est une transition politique constitutionnelle et pacifique qui permette de réorganiser l’économie », estime l’économiste José Guerra.
Le professeur de l’Université d’Oxford José Manuel Puente s’accorde à dire qu’un assouplissement des sanctions attirera des investissements nord-américains et du reste du monde. Toutefois, il souligne que l’industrie pétrolière a besoin de 100 milliards de dollars par an pour se relancer. Une gageure qui sera difficile à atteindre et qui dépend en grande partie de Donald Trump. « Au final, nous parlons d’un scénario où tout cela se fera dans un pays placé sous la tutelle des États-Unis », relève-t-il. Personne ne sait encore si Trump convaincra les majors américaines d’investir ni combien elles mettront sur la table.

