« Pressions politiques et intimidations » : cinq minutes pour comprendre l’enquête qui vise le président de la Fed aux États-Unis
C’est le dernier épisode d’une lutte assez rude entre le président des États-Unis, Donald Trump, et celui de la Banque centrale, Jerome Powell. Celui-ci a révélé dimanche soir avoir reçu une convocation, de la part du Ministère de la Justice, préalable à de futures poursuites. Les explications du Parisien.
Que reproche le Ministère de la Justice à Jerome Powell ?
Les détails des raisons de la convocation de Jerome Powell n’ont pour l’heure pas été rendus publics. Mais le président américain a ces derniers temps accusé la Fed de ne pas avoir respecté le budget prévu pour la rénovation de son siège à Washington, estimant qu’il pouvait y avoir des cas de fraude, et avançant un coût total de 3,1 milliards de dollars, contre 2,7 milliards prévus initialement, un chiffre que Jerome Powell dément.
Ces reproches avaient notamment été formulés lors d’une séquence comme Donald Trump les affectionne, au mois de juillet face aux journalistes, en mettant en scène le désaccord comme pour créer « un beau moment de télé », selon les mots du Président américain utilisés lors du clash devenu célèbre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale.
Face à Jerome Powell, Trump avait provoqué une rencontre devant les caméras et blâmé le président de la Fed à propos de montants de travaux trop élevés, lui tendant des feuilles de papier que Powell avait dû essayer de déchiffrer en direct. Jerome Powell serait accusé d’avoir sciemment caché l’ampleur des travaux lors d’une audition devant le Congrès.
Pourquoi Jerome Powell parle-t-il d’un prétexte ?
« Cette menace n’est pas au sujet de mon témoignage, a affirmé Jerome Powell dans une vidéo diffusée hier soir. C’est un prétexte, la menace de poursuites est la conséquence de la volonté de la Fed de décider de ses taux dans le meilleur intérêt du public plutôt que pour répondre aux préférences du président. »
Video message from Federal Reserve Chair Jerome H. Powell: https://t.co/5dfrkByGyX pic.twitter.com/O4ecNaYaGH— Federal Reserve (@federalreserve) January 12, 2026
Jerome Powell estime en effet qu’il paie une trop grande indépendance vis-à-vis de la Maison Blanche sur la détermination de la politique monétaire. Le président de la Banque Centrale a toujours refusé d’obéir aux demandes insistantes de Donald Trump, qui a demandé, en public comme en privé, que les taux d’intérêt fixés par la Fed soient baissés. Ils sont actuellement fixés entre 3,50 et 3,75%, un montant trop élevé selon le locataire de la Maison Blanche.
En révélant lui-même les poursuites dont il fait l’objet, Jerome Powell entend couper l’herbe sous le pied de l’administration Trump. La vidéo d’explication publiée sur le compte X de la Banque Centrale révèle l’attitude que va adopter Powell ces prochaines semaines : bagarreuse. Le fait qu’il s’exprime face caméra, dans une vidéo, et non via un communiqué de presse, a aussi été interprété comme une volonté de diffuser son message au plus grand nombre et d’être repris dans toutes les chaînes d’info en continu.
Pourquoi Donald Trump veut-il baisser les taux d’intérêt ?
Donald Trump pousse la Réserve fédérale à baisser ses taux d’intérêt pour des raisons à la fois économiques et politiques. Des taux plus bas stimulent la croissance à court terme : le crédit devient moins cher pour les ménages et les entreprises, ce qui soutient la consommation, l’investissement et l’emploi.
Cela peut aussi dynamiser les marchés financiers et l’immobilier, secteurs très sensibles au coût de l’argent. Sur le plan budgétaire, une baisse des taux réduit le coût du service de la dette fédérale, devenue massive. Enfin, l’enjeu est politique : une économie dopée par des taux bas alimente le sentiment de prospérité et renforce le récit d’un président « pro croissance », même si cela se fait au risque de relancer l’inflation ou de fragiliser l’indépendance de la Fed.
Donald Trump peut-il évincer Jerome Powell ?
Le président américain ne peut pas révoquer librement le patron de la Réserve fédérale. La loi protège l’indépendance de la Fed : son président ne peut être démis que « pour motif valable », c’est-à-dire en cas de faute grave ou de manquement avéré. Un désaccord politique ou monétaire ne suffit pas.
En invoquant de supposées déclarations mensongères devant le Congrès, Donald Trump cherche donc à construire un fondement juridique à une révocation qui serait sinon illégale. Sans prétexte crédible, une éviction exposerait la Maison-Blanche à des recours judiciaires et à une crise institutionnelle majeure.
Quelles conséquences ces poursuites auront-elles ?
Ces attaques fragilisent un pilier central de la démocratie américaine : l’indépendance de la banque centrale. Elles risquent d’entamer la confiance des marchés dans la stabilité de la politique monétaire, ce qui peut peser sur le dollar et accroître la volatilité financière.
Sur le plan institutionnel, elles renforcent l’idée d’une politisation des contre-pouvoirs, au détriment de la crédibilité des institutions fédérales. À terme, la perception d’une Fed soumise au pouvoir exécutif pourrait nourrir l’inflation, inquiéter les investisseurs étrangers et affaiblir l’image des États-Unis comme refuge financier fiable.

